Le ministre a annoncé la «création d'une cellule de suivi des écrits diffusés par des journaux marocains dans le dessein de désespoir et découragement ». Les parquets du Royaume ont reçu instruction d’engager des poursuites judiciaires à l’encontre de tout journaliste qui publie « des messages semant le désespoir et le doute ». Les jugements seront rendus au nom du Roi.

La presse est méchante et injuste. La cellule ministérielle et les parquets se chargeront de la mettre en quarantaine. En voilà une trouvaille lumineuse ! Et l’abolition d la presse indépendante, c’est pour quand ?

Nous proposons ici nos services à la cellule et aux parquets et nous nous chargeons de dresser un inventaire de leur immense œuvre. Vous êtes prêts ? C’est parti :

- Accusé Noureddine Miftah, levez-vous ! Vous êtes poursuivi pour « diffusion de fausses informations » et de « publication de photos de membres de la Famille royale sans autorisation » dans l’hebdomadaire arabophone « Al Ayam »
- Accusée Meriem Moukrim, levez-vous ! Vous êtes poursuivie pour les mêmes faits que Noureddine Miftah.
- Accusé Ahmed Reda Benshemsi, levez-vous ! Le tribunal vous déclare coupable de diffamation à l’encontre de Halima Assali et vous condamne à deux mois de prison avec sursis et à une amende de 800.000 Dirhams. Vous devez par ailleurs répondre, dans un second procès, à l’accusation de publication de fausse nouvelle à propos de Touria Jâidi.
- Accusé Karim Boukhari, Levez-vous. Vous êtes punis de la même peine que votre Directeur et vous êtes convoqué au tribunal pour le second procès.
- Accusé Driss Chahtane, levez-vous ! Le chef d’inculpation retenu contre vous, en tant que Directeur de l’hebdomadaire « Al Michaâl», est «atteinte à l'Islam et à la patrie ».
- Accusé Abderrahim Ariri, levez-vous ! Vous êtes poursuivi pour incitation au trouble public par tentative de publication d’une Une intitulée «allah yn3al dinom had lblad » dans l'hebdomadaire «Al Bidaoui».

Pour ce qui reste de la corporation : optez pour la sécurité ! Choisissez les rubriques sport, horoscope, les annonces classées ou les mots croisés. Sinon, remettez vos articles, avant publication, aux commissaires de la cellule ministérielle pour vérification de conformité. Sait-on jamais, une déviance éditoriale ou une information non apaisée pourraient se glisser dans vos écrits et vous renvoyer devant une cour de justice. Ou alors, c’est encore plus sûr, Rendez-vous ! Rendez-vous ! Remettez votre stylo et votre carte de presse à la cellule.

Et voilà !

Reste la question de fond particulièrement délicate : Les journalistes baisseront-ils le pantalon ?