Je ferme les yeux, je détourne le regard du spectacle qui m’est offert. C’est mieux pour moi. Signe de faiblesse ou aveu de culpabilité ? Je préfère écouter la musique même si je n’aime pas. Qu’est ce qu’ils ont tous, les DJs, à jouer les mêmes morceaux à Casablanca, Paris ou Genève, et les décorateurs à s’acharner sur le rouge comme d’autres sur le sang humain ?

Je croyais que j’en ai fini avec les éliminatoires de la coupe du monde 2006. Me voici en route de Genève vers Berne, où se joue le match de barrage Suisse-Turquie, avec quatre sympathiques supporters suisses (et une cloche). Pour le « Before», partout dans la ville, l'atmosphère est bon enfant. Le «Nelson » est envahi par des supporters, tous en tenue officielle de l’équipe helvétique, la bière coule à flot. Les filles comme les garçons sont plutôt jolis, je ne comprends pas l’allemand mais je me sente facilement à l’aise parmi eux. J’envoie mes quatre amis (et la cloche) au stade assister au match, je leur demande de revenir avec 2-0 et ils honorent commande. Vivre cette atmosphère si particulière et effervescente était l’un des moments les plus forts de mon long week-end. Et que j'ai aimé ce pays, où il fait bon vivre, où l’on ne se croit pas une « exception » et où l’on ne se prend pas la tête. Merci à YH et sa bande.

J’ai toujours adoré les trajets de nuit en train. Exclusifs et redoutables, ce sont des moments que je me réserve pour faire une mise au point, négocier et (essayer de) faire la paix avec moi-même. Et avec la vie. J’aurais voulu être un train qui dépasse les champs, les hommes, les souffrances affectives et physiques, les désespérances et les certitudes à bout de souffle. J’aurais voulu être un train qui défile, et dans le quel personne ne monte, qui fonce dans la nuit (et le jour) et qui sait s’enfuir. Qui échappe au temps (destructeur), aux modes (versatiles), aux injonctions (moralistes) et aux gens (indéfinissables).

Je prends place sur le TGV Genève-Paris et je chausse mes écouteurs. Les souvenirs me reviennent les uns après les autres, sans que je cherche à les réactiver. Les souvenirs ont cela d'étonnant qu'ils sont cachés en soi, et ressurgissent à la faveur d'un détail, et font place à la tristesse. Comme un film je vois défiler ma vie. Le temps des regrets, des trop-tard, de ce que je n’ai pas fait …. J’ai toujours raté les trains. Trop occupé peut être à déballer ma marchandise à la foire des mensonges et à faire chaque soir le compte … des pertes. « Waiting For The Miracle » oui ! C’est moi. Ben voilà … maintenant j'ai envie de chialer. Je m’en rends compte après coup, quand le mec d’en face me dit « ça va ? » et sa copine me propose sa bouteille d’Evian. « Ça va aller » répondais-je … Je n'aime pas qu'on s'apitoie sur mon sort.

« La blessure ». C’est le mot.

On me dit que j’ai changé. Que je ne suis plus le même depuis deux ans. Que je suis devenu dépressif, parfois muet et évasif, que je manque mes rendez-vous, que je donne plus de mes nouvelles, que je fais des fugues à répétition. Que j'ai le regard dans le vide.

C’est possible ! Je construisais, malgré moi, mon image aux yeux des autres sans pour autant mentir. J’omettais de dire combien le bonheur m’est à la fois simple et inaccessible. Et que ne sachant pas parler de « Moi », je préfère de loin parler de « Nous ».