Le tournage n’a pas encore commencé. Je ne trouve plus le scénario. Où plutôt j’hésite entre plusieurs. Je le sais, cela vient du personnage principal. Trop complexe. La réalité – il doit bien y en avoir une – est noire, puante et ensanglantée. Pourtant la vodka n’a pas d’odeur. L’ivresse est sans couleur. Sauf le rouge de la violence.

Le gamin qui était en moi avait peint le tout en rose. Il est mort. Dans ma détresse, il m’arrive de le réclamer. Image de cauchemar. Charogne d’enfant mutilée par l’amertume. Pour qu’il renaisse, il faudrait lire sur l’écran de mes souvenirs : « the end. »

J’ai envie de rire. Hystérique ! Mon reflet dans le miroir me toise. Il ne m’aime pas. Dormir ! Oublier ! Glisser ma tête sur l’oreiller avec la vision de l’absence à mes côtés. Moments de vie à vide. Pourquoi ce besoin de l’autre ? Une caresse, un baiser, quelque chose dans le geste, la voix. Et l’on se pense vivant. L’esclavage a dû naître comme ça, dans l’interprétation erronée….

La vie devient lente. Je me sens vieux. Mes yeux se ferment et mon cœur ne veut pas s’arrêter de battre. Le psy m’a regardé. Il attendait.
« Je suis bien. » lui ai-je dit.
Et je suis parti.

Comme c’est bon de mentir ! Il y a quelque chose de fiévreux dans le mensonge. On se recrée. J’aurai voulu être un petit garçon avec des envies de rire à gorge déployée et des pleurs d’enfant gâté. Ces derniers temps je ne m’entends plus pleurer. Ni regret ni rage ni joie. Le froid.

Texte de l’écrivaine marocaine Bahâa Trabelsi



Tableau de l’artiste peintre marocaine Najia Bennis