L’interprétation erronée …
Par Larbi le dimanche, septembre 4 2005, 17:00 - General - Lien permanent
Je n’ai plus de mémoire. Je ne veux plus en avoir. Même si les souvenirs sont là. Brûlants.
C’est mon histoire. Personne n’a le droit de la travestir. L’engloutir, m’en graver pour mieux la dégueuler. Les événements, les lieux, les personnes s’emmêlent dans ma tête créant un immense espace surpeuplé et confus.
Le tournage n’a pas encore commencé. Je ne trouve plus le scénario. Où plutôt j’hésite entre plusieurs. Je le sais, cela vient du personnage principal. Trop complexe. La réalité – il doit bien y en avoir une – est noire, puante et ensanglantée. Pourtant la vodka n’a pas d’odeur. L’ivresse est sans couleur. Sauf le rouge de la violence.
Le gamin qui était en moi avait peint le tout en rose. Il est mort. Dans ma détresse, il m’arrive de le réclamer. Image de cauchemar. Charogne d’enfant mutilée par l’amertume. Pour qu’il renaisse, il faudrait lire sur l’écran de mes souvenirs : « the end. »
J’ai envie de rire. Hystérique ! Mon reflet dans le miroir me toise. Il ne m’aime pas. Dormir ! Oublier ! Glisser ma tête sur l’oreiller avec la vision de l’absence à mes côtés. Moments de vie à vide. Pourquoi ce besoin de l’autre ? Une caresse, un baiser, quelque chose dans le geste, la voix. Et l’on se pense vivant. L’esclavage a dû naître comme ça, dans l’interprétation erronée….
La vie devient lente. Je me sens vieux. Mes yeux se ferment et mon cœur ne veut pas s’arrêter de battre. Le psy m’a regardé. Il attendait.
« Je suis bien. » lui ai-je dit.
Et je suis parti.
Comme c’est bon de mentir ! Il y a quelque chose de fiévreux dans le mensonge. On se recrée. J’aurai voulu être un petit garçon avec des envies de rire à gorge déployée et des pleurs d’enfant gâté. Ces derniers temps je ne m’entends plus pleurer. Ni regret ni rage ni joie. Le froid.
Texte de l’écrivaine marocaine Bahâa Trabelsi

Tableau de l’artiste peintre marocaine Najia Bennis
Le gamin qui était en moi avait peint le tout en rose. Il est mort. Dans ma détresse, il m’arrive de le réclamer. Image de cauchemar. Charogne d’enfant mutilée par l’amertume. Pour qu’il renaisse, il faudrait lire sur l’écran de mes souvenirs : « the end. »
J’ai envie de rire. Hystérique ! Mon reflet dans le miroir me toise. Il ne m’aime pas. Dormir ! Oublier ! Glisser ma tête sur l’oreiller avec la vision de l’absence à mes côtés. Moments de vie à vide. Pourquoi ce besoin de l’autre ? Une caresse, un baiser, quelque chose dans le geste, la voix. Et l’on se pense vivant. L’esclavage a dû naître comme ça, dans l’interprétation erronée….
La vie devient lente. Je me sens vieux. Mes yeux se ferment et mon cœur ne veut pas s’arrêter de battre. Le psy m’a regardé. Il attendait.
« Je suis bien. » lui ai-je dit.
Et je suis parti.
Comme c’est bon de mentir ! Il y a quelque chose de fiévreux dans le mensonge. On se recrée. J’aurai voulu être un petit garçon avec des envies de rire à gorge déployée et des pleurs d’enfant gâté. Ces derniers temps je ne m’entends plus pleurer. Ni regret ni rage ni joie. Le froid.
Texte de l’écrivaine marocaine Bahâa Trabelsi

Tableau de l’artiste peintre marocaine Najia Bennis









Commentaires
C'est l interprétation exacte de l'interprétation erronée...
croire qu'on aime alors qu'on a tellement envie d'aimer qu on se jettent sur le premier passant ,croire que ce qu'il nous faut c'est un etre derigeant a qui on donne nos clès ,parceque sous ses ailes on es en sureté ,alors qu'on passe maille par maille la chaine de notre esclavage
Larbi
Tu sais ce que devient Bahaa Trabelsi? Elle était jusqu'à il y a un an et demi directrice de rédaction du magazine "Masculin" qui a mis la clé sous la porte. Est-elle repartie dans une autre diection/équipe rédactionnelle depuis?
Thanks.
Amine.
Salam !
ce texte m'a fait très mal ..très
il a réveillé de vieux démons qui étaient bien ...bien enfouis ..dans mon âme ...engloutis
Je peux tout perdre...TOUT
mais pas mon âme d'enfant ...non pas cela et j'espère qu'elle ne l'a pas perdue !! en tout cas pas irréversiblement
La fragilité et la faiblesse humaine ....
elle est si touchante !
MERCI d'avoir partagé cela avec nous Merci !!
Amicalement !
Un extrait qui m'a fait vibre, qui m'a transorté loin derrière quand gt encore gosse, qu'on pensait que tout etait simple, facile, a porter de main, que seul l'amour et l'affection nous entourent...
J'ai l'impression que de nos jours on vit pr survivre, on se crée des besoins... un leure tout simplement...
"Il y'a quelque chose de fiévreux dans le mensonge. On se recrée"
Elle a pas totalement tord, on fuit la simple réalité...
Amine,
A ma connaissance elle na intégré aucune rédaction nationale. Je l'ai lu un jour sur la gazette du Maroc mais je crois que cétait une simple tribune.
En tout cas elle continue à publier chez Edddif (trois romans). On m'a dit qu'elle fait beaucoup de choses pour la lutte contre le Sida au maroc.
je me demande toujours pourquoi les textes comme les femmes mélancoliques sont d'une somptueuses beauté.
j'ai peur,car ce n'est pas une simple prose,c'est un bout de réalité.
c'est comme si je m'entendais à voie haute.
c'est terrible!
Cest grave ce que la tristesse est artiste et que la souffrance est créatrice, doit on endurer la peine pour avoir du talent... Jadore ce billet.
au début, c'est de la tristesse, ce n'est pas désagréable, enfin tout est relatif, disons que sa permet d'apprecier les bons moments. Puis c'est la solitude qui prend place, on vous demande ce que vous avez, puis vous parvenez à en parler. Certaines personnes croient qu'il suffit d'en parler pour que ça passe. Enfin craignant que les gens se lassent de votre non amélioration, que vous en parlez plus, vous faites semblant, jusqu'à ne plus savoir vous meme qui vous etes réellement. La seule certitude c'est que vous etes seule et que la flamme s'éteint. Vous ne pouvez qu'assister impuissante à cette mort.
Merci
je pense que la vrai douleur est de vivre dans le passé. même si il a un coté protecteur. ce texte nous renvoient tous à cette mélancolie qui nous berce, nous cajole de sa chaude berceuse de l'enfance. soyont nostalgiques certe. mais soyons vivants quand même. je pense que c'est le plus important.