« J’ai choisi de rompre le silence pour … faire comprendre à l'opinion que pays n'est pas manipulé par des mains invisibles». C’est par cette phrase que Fouad Ali El Himma ouvre le tir. Ici il y a matière à être choqué : voilà un ministre qui justifie pourquoi il a parlé, comme si le mutisme est la règle et que les ministres ne doivent pas songer à l'enfreindre ! Ne sait-il pas qu’un membre du gouvernement doit rendre compte de ses actions tout au long de son mandat ? Tenez nos députés par exemple, ils ont constitutionnellement le droit d’interpeller Monsieur le ministre et contrôler son travail. Combien de fois a-t-il assisté aux séances à l’hémicycle et répondu aux questions orales des représentants de la nation ? Au rythme où vont les choses, il ne reste plus à ces derniers que d’aller pointer au chômage ou de se faire embaucher par Al Ahdath.

« Je suis accusé de plusieurs maux ». Ha, bon ! Encore un ministre qui nous dévoile ses états d’âme. A l’entendre il traverse une rude épreuve. Dieu que la souffrance est belle ! Il est au Maroc des malheurs plus grands. Il est des gens qui souffrent trop et injustement et qui ne se plainent pas pourtant.

« Dans le processus de prises des décisions prévaut le nécessaire respect des attributions des institutions concernées, qu'il s'agisse du gouvernement, du Parlement ou du Cabinet Royal ». De qui se moque t-on ? Nous allons nous tenir à un seul exemple. Il y a un an et demi un groupe parlementaire a déposé un projet de loi accordant la nationalité aux enfants de mère marocaine et de père étranger. Un simple vote dans les deux chambres et l’affaire aurait été réglée. Mais c’était compter sans le gouvernement qui a bloqué le projet durant plusieurs mois. Surprise : lors du derniers discours du trôle le Roi annonce : «Nous avons décidé de conférer à l’enfant le droit d'obtenir la nationalité marocaine de sa mère». Il a fallait réserver la primeur de l’annonce au chef d’état quitte à faire fi du droit du parlement aux amendements des lois.

« J’incarne le nouveau makhzen, et je suis fier de servir mon Roi et mon pays ». Tout est dit. Il faudra bien rendre à Fouad Ali El Himma l’hommage qu'il mérite et reconnaître sa franchise. Maintenant il doit assumer, car en tant que porte étendard du nouveau Makhzen il est tenu pour responsable de la situation socio-économique du pays. La confiance qui se dérobe à grands pas, la situation économique qui ne s'améliore pas et même qui s’empire, l’attentisme qui bloque tout et le chômage qui ne recule pas. Il ne peut s'exonérer de ses responsabilités, sauf à admettre que nous sommes si crédules pour croire tout ce qu’il nous raconte.

Bref, malgré une interview sur mesure, le ministre premier a fait pschitt. Il aurait mieux fait de garder le silence et le suspens avec.