On déambulait dans les rues, tous le trois, sans Ali. Comme des fantômes.
Omar et moi, on a sniffé le fond de Silucione qui nous restait. La Silucione, c’est une colle qui sent fort. C’est à cause d’elle qu’on nous appelle les Chemkaras. Souvent, on la respire quand on a trop faim. Quand on a peur aussi…


Ce jour-là, je me sentais trop orphelin pour résister à l’envie de sniffer.
- Quand même, on ne meurt pas à cause d’une pierre ! répétait Omar.

Moi, je me répétais autre chose : on l’a jeté dans un trou, comme un chien ! Je n’avais même pas envie de pleurer, j’avais envie de hurler. Boubker n’était plus la petite mouette rieuse que je connaissais. Il suçait son pouce en silence. Et puis, il a dit :
- Kwita, qu’est-ce qu’on va faire ?
- Ali, c’était un prince ! on l’a jeté comme un chien mais c’était un prince !
- Tu aurais préféré qu’on se fasse chopper ? a crié Omar. Au moins, il est dans sa cave.

J’ai dit, comme ça, sans réfléchir:
- Il faut l’enterrer
Omar et Boubker se sont demandé si je n’étais pas devenu fou. Mais j’étais décidé :
- Il n’y a que nous pour l’enterrer. C’est comme ça qu’on fait avec les gens. Et Ali, c’est plus que les gens ! Il a peut-être vécu comme un cafard mais il ne sera pas enterré comme un cafard ! Vous pouvez continuer à glander. Moi, je m’en fous, je l’enterrerai !

Boubker a sauté de joie comme s’il avait marqué un but :
- Ouais ! On va l’enterrer !
Puis, il s’est soudain arrêté de brailler et il m’a demandé :
- Dis voir, ça coûte combien un enterrement ?

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D’après: "Ali Zaoua, prince de la rue" Livre de Nathalie Saugeon, Nabil Ayouch (A partir de 9 ans. Milan poche junior )
Film: Ali Zaoua, prince de la rue, Réalisation Nabil Ayouch
Association BAYTI pour les enfants des rues