Nous nous révoltons contre les privilèges, les complaisances et les coups de piston. Quand il s'agit des autres nous trouvons que c’est injuste. Mais ce n’est pas grave du tout, même normal, quand c'est nous qui en profitons !

Nous n’aimons pas la corruption. Nous répétons à satiété qu’elle ravage notre pays et mine notre économie. Et voilà qu’à la première occasion, nous arrosons le fonctionnaire de l’état civile pour un simple acte de naissance. Et voici qu’à nouveau, roulant au dessus des limitations de vitesse, nous préparons déjà les Dirhams pour franchir le prochain barrage de gendarmes.

Nous n’aimons pas la saleté. Nous n’aimons pas déchets et les ordures partout et n’importe où. Mais nous jetons dans la rue les saletés, les sacs en plastique, les emballages de toutes sortes… Nous pensons rarement à nettoyer nos quartiers, nos rues. Même pas devant notre porte. Nous urinons sur les murs, les troncs d'arbres et sur la voie publique. Et quand ce n'est pas nous qui le faisons d'autres le font et nous laissons faire !

Nous réclamons la création de plus de lieux de culture et de spectacle. Mais nous peinons à remplir les bibliothèques existantes, toujours vides et sinistres. Nous exigeons des événements artistiques de qualité mais nous plébiscitons les plus médiocres et nous boudons les plus talentueux.

Nous élisons nos conseillers municipaux. Ils disparaissent dans les deux mois suivant leur élection. Nous n'utilisons pas notre droit à l’information sur la gestion financière des conseils municipaux. Nous laissons nos élus locaux « libres ». Nous savons où ils habitent. Nous pourrons les retrouver, les harceler jusqu’à ce qu’ils se mettent au travail. Nous pourrons squatter devant leurs portes, leur rappeler leurs engagements et les inciter à les respecter. Mais timides et pudiques que nous sommes nous craignons de le faire !

Nous choisissons nos députés à la chambre des représentants. Ces bonimenteurs qui une fois les élections passées nous oublient complètement. Mais nous les réhabilitons. Pauvres cons que nous sommes nous leur octroyons une prime à la casserole. Nous les réélisons ! Pourquoi diable nous réélisons les mêmes !

Nous voulons que les choses changent, que la société se transforme mais nous n’y arrivons pas ! Car nous refusons de nous changer nous même, nous préférons abdiquer devant les faits accomplis, nous disons ce que nous ne faisons pas et nous faisons ce que nous ne disons pas.

Changeons nous le reste suivra et le Maroc changera !

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Lire chez Ayoub : Vieilles fourmis. Jeunes sauterelles.