Portrait : EL Youssoufi, Abderrahmane
Par Larbi le mercredi, juin 1 2005, 17:01 - Politique marocaine - Lien permanent
Ce premier portrait est subjectif. Pourquoi le publier aujourd’hui ? Il n’y a aucune raison de calendrier. L’homme s’est retiré il y a longtemps de la scène politique marocaine et je veux croire que chacun d’entre nous a suffisamment de recul pour porter un autre regard sur le parcours de l’ex-premier ministre.
Je publierais, de temps à autre, des portraits d’autres hommes politiques marocains (toutes tendances confondues).
L’histoire de cet homme est exceptionnelle. A dix-neuf ans, déjà, il adhère à l’Istiqlal et participe au combat pour la libération. Après l’indépendance, il n’échappe pas aux pressions, censures, harcèlements et condamnations affligés aux démocrates de l’époque. En 1980, gracié, l’homme met fin à une longue vie d’exil: vingt ans d’absence forcée loin des siens, dans ses deux pièces à cannes. C’est aussi la fin des années de méfiance et le début de la recherche d’une solution intermédiaire. En 1993, Il récidive, claque la porte et quitte le pays pour protester contre le hold-up électoral qui a volé sa victoire historique à la Kouttla. Le 4 février 1998, un communiqué officiel informe les marocains que la grande figure de l’opposition marocaine, le compagnon de Benbarka et Bouabid, l’allié de Boucetta et Bensaid, a accepté l’offre royale et portera dorénavant le titre du premier ministre du royaume du Maroc. Abderrahmane Youssoufi, un homme qui revient de loin. « J’ai accepté l’expérience de l’alternance dans les conditions fixées, parce que je pensais qu’elle ne pouvait pas avoir lieu autrement. ». Au lendemain de sa nomination la question des ces « conditions » ne se posait pas. L’heure était à l’espoir et la confiance en l’avenir. Tout le monde faisait semblant d’ignorer que l’architecture institutionnelle du pays va lier les mains de l’homme. Lui même a mal apprécié l’ampleur des « forces hostiles au changement ». Une expression que les marocains vont entendre sortir de ses lèvres à plusieurs reprises. Il en sera le seul responsable, puisqu’il a accepté la mission en toute connaissance de cause. A sa décharge que la situation du pays ne lui donnait pas grand choix. Dans son gouvernement il y a ces Hommes qu’il n’a pas choisis, qu’il a fallu accepter pour accoucher cette alternance « consensuelle ». Au journaliste du Nouvel Observateur qui s’étonne de la présence des ministres de souveraineté, il lâche : « Il fallait démarrer comme ça. Mais cela ne va pas durer éternellement. Dans quelques années, cela changera ». L’avenir démontrera qu’il a tort sur ce point. A l’époque, les observateurs sont beaucoup plus préoccupés par les premiers pas du gouvernement que par les conditions de la nomination. Compter les cent premiers jours, analyser les premières mesures, annoncer la fin du délai de grâce… était beaucoup moins risqué que s’aventurer dans un débat constitutionnel. Aujourd’hui, Les temps ont changé et cette époque parait si lointaine.
« M. Youssoufi n'a pas à rougir de ses résultats économiques ». Le commentaire n’est pas d’un militant socialiste, mais celui de Jean-Pierre Tuquoi le spécialiste Maghreb dans le journal « le Monde ». En réalité, le bilan est jugé autrement par les marocains. Il ne l’ignore pas : « Le bilan n’est pas spectaculaire, Nous travaillons ! ». Il met en avant l’intégrité de sa personne pour cacher la faiblesse du volet social de son travail. Il passe à coté de cette métamorphose de la société qui, soudain, demande au premier des socialistes plus d’efficacité que de dignité, et se lance dans un nouvel exercice d’audit du travail gouvernemental. Du journaliste confirmé jusqu’au marchand du coin tout le monde a son mot à dire et sa propre évaluation du gouvernement Youssoufi. Car, les marocains l’ont enfin compris, s’il est un danger pour la démocratie c’est l’indifférence des citoyens vis a vis de la chose publique. Depuis l’indépendance, Ils ont vu défiler, dans la désinvolture, une dizaine de premiers ministres technocrates avec comme seul bilan un désastre. Le « lourd héritage ». Cette demande incessante du « droit d’inventaire » semble refléter une certaine maturité politique. Le pari de l’avocat tangérois n’est pas totalement gagné. Il tient donc à institutionnaliser cette obligation d’inventaire. A la fin de sa mandataire « il assume » et présente son bilan aux députés de la nation. L’ex opposant est fier de son bilan, somme toute c’est humain. Mais l’homme tient surtout à donner une leçon de responsabilité politique à ses compagnons qui, effervescence électorale oblige, se sont désolidarisé de l’expérience. Une « lâcheté » politique qui l’a touché. Sur le perchoir, dans un discours d’adieu, il le dit noir sur blanc. Autant il le dit avec calme, autant il perd son sang froid légendaire quand il évoque les accusations des istiqlaliens et des islamistes à propos de la dimension islamique de son discours « je suis profondément inquiété par les attaques remettant en cause la référence islamique de la politique du gouvernement » avant de souligner « le danger d'un tel comportement qu'il faudrait plutôt condamner et refuser ».
On est en Juillet 2002, avant de quitter la scène, Abderrahmane Youssoufi tient à réaliser son dernier voeu. " Je rêve d’être le Premier ministre qui organisera des élections générales totalement propres.". Il s’attaque à sa dernière mission celle de doter le Maroc d’une vraie institution parlementaire qui reflète la carte politique réelle. Les élections sont « globalement » propres, un pari presque gagné. Il profite de l’occasion pour permettre à une trentaine de femmes de siéger au parlement. Une manière à lui de s’excuser de la stagnation de la condition féminine au royaume ?
Le Mercredi 9 octobre 2002 après son dernier conseil de ministres, il apprend le nom de son successeur. Il s’agit de Driss jettou, « son » ministre de l’intérieur. Un coup dur pour le premier chef de gouvernement issu de la classe politique et disposant d’une majorité parlementaire. Tous ces coups qu’il a pris, ces critiques si blessantes si acerbes, cette lourde responsabilité , tout ce travail acharné pour rendre à la fonction du premier ministre ses traits de noblesse, sont partis en fumée ou... presque. La presse rapporte sa surprise, son mécontentement. Cette fois il n’a pas le choix, il sort de sa réserve. A l’opinion publique il déclare que « la démarche et la manière de la nomination de Jettou est critiquable ». Il est le premier à le savoir. Pendant quatre ans c’est sa crédibilité et son passé qui ont été mis en jeu pour que le choix des citoyens et les résultats des élections dictent les décisions politiques. Mais il a sa part de responsabilité. N’a-t-il pas trop cédé au niveau institutionnel sans rien obtenir en échange ? N’a t il pas accepté dans son gouvernement la présence de plusieurs technocrates, sans légitimité politique, avant que l’un d’eux ne devienne son successeur ? Faute d’avoir plaider pour que « cela changera », l’avocat Youssoufi se trouve acculé dans une situation inconfortable. A sa décharge qu’il était la seule voix qui a manifesté son désaccord. « Ce qui est une nouveauté, les choix du monarque se discutent au royaume » commentait Stephen SMITH dans les colonnes du journal « le monde ». A sa décharge aussi que le soir même de la désignation du nouveau premier ministre, l’Istiqlal, le PJD et le reste de la classe politique se sont lancés dans une honteuse opération de séduction de jettou.
Le compagnon de Benbarka replonge dans le silence. Il ne prend plus part aux consultations politiques, il n’assiste pas au fameux dîner Chez Jettou. Son numéro deux mène, à sa place, les négociations avec le premier ministre désigné et le chef des istiqlaliens. Il prend du recul, prépare ses cartons et attends le nouveau locataire des lieux.
Il Retourne définitivement à l’anonymat de sa vie privée : ni enfants entrepreneurs, ni prestigieux biens immobiliers construits par l’argent du peuple, ni privilèges, ni richesse aucune…sauf celle de son passé.
Que retiendra l’histoire du destin de Abderrahmane Youssoufi? Abderrahmane le jeune résistant pour l’indépendance du pays? Youssoufi le militant, condamné à la mort, exilé pendant un quart de sa vie avant d’être gracié ? Celui qui a, peut être, trahit une partie de ses convictions et celles de ses compagnons ? Ou encore, l’avocat qui a consacré sa vie parcourir le monde pour la défense le droits de l’homme et la démocratie? Le journaliste censuré avant de devenir censeur ? Ou enfin le premier chef du gouvernement marocain intègre, digne et responsable, un premier ministre qui ne s’intéresse guère à l’argent, ni au pouvoir, et qui a attendu la fin de ses jours pour l’accepter ? Peut-être un peu de tout cela.
Les marocains n’ont pas su jauger l’homme à sa juste valeur. Comme si une vie entière dédiée à la défense des causes justes peut s’éclipser derrière quatre années de gouvernance avec les contraintes que l’on connaît. Il viendra le jour, où les historiens vont rendre justice à Abderrahmane EL Youssoufi et à son éthique. Tel est le destin des grands hommes.







Commentaires
Salut Larbi,
"Je publierais, de temps autre, des portraits dautres hommes politiques marocains"
Ceci est une tres bonne initiative. Nous avons justement besoin d'en savoir plus sur nos hommes politiques, leurs idees, et leurs parcours.
Sinon, pour ce qui est de ton portrait de Youssoufi, je trouve qu'il est assez bien equilibre. J'aurais peut-etre souhaite que tu en dises un petit peu plus sur les reformes qui ont ete intiees par son gouvernement. A part cela, je trouve que tu as bien reussi a faire le tour des differents points de vue sur l'homme et sur les grandes lignes de son parcours.
ps Ce serait bien si tu pouvais faire un lien collectif a ces portraits que tu comptes faire et le placer sur ta page d'acceuil.
Ton portrait de Si Abderrahmane est fidle, mais ce que les marocains lui reprochent, c'est d'avoir accept l'alternance sans condition, c'est de ne pas avoir entendu l'appel de ses GUS (anagrrrr. de qui tu sais et appellation de qui tu sais). C'est aussi, le fait de s'tre retir laissant l'USFP en dconfiture. Peut tre pensait il faire voluer les choses.
Mais, jusqu' preuve du contraire, l'histoire est formelle. Rien ne peut voluer dans un pays o la consensualit est l'unique moyen de gouvernance.
Asap.
moi j'ai juste une question : pourquoi commencer par youssoufi ?
Il y a des hommes qui ont marqu l'histoire politique du maroc bien alors que Youssoufi tait un simple militant...Bouabid, Ibrahimi, El Khatib, Ben barka, Fkih Basri...et la liste je crois est longue...
En fait c'est une fausse question...c juste que j'aime bien commencer par le commencement...pour connaitre un Homme faut connatre les Hommes qui l'ont influenc...
enfin c juste un caprice
Tout fait d'accord avec M.D sur la dernire phrase. tout en esprant que si Abderhmane ait fait le bon choix en acceptant l'alternance.
Par contre, lui reprocher de " laisser un parti en dconfiture", l'USFP ce n'est pas l'UC, et un parti qui dpend d'un individu ou d'un groupe d'individu, n'en est pas un!!
re salam, cette fois c'est mwa.
tt l'heure, j'tais avec des copains, j' voulais pas m' dvoiler; Continue fils, tu es sur la bne voie
Merci Larbi pour ce descriptif assez dtaill du parcours de Youssoufi. Que je connais pas trop non plus. Jaurais souhait savoir si Youssoufi a chang son plan gouvernemental et ses priorits ou sil a maintenu ses promesses de dpart, suite la mort surprise de Hassan II et laccession au trne de Mohamed VI.
la faute a youssoufi c'est qu'il n'as pas oser franchir les lignes rouges palais d'abord, religion ensuite. il fallait qu'il retire leurs champ d'action parce que tout deux nous sont impos. on n'as pas fais le choix, et si on l'aurait on aurait pas choisi ce systeme.
A mon avis si Larbi a dcid de faire un portrait de Abderrahman Youssfi c'est qu'il sait comme on le savait ts que Abderrahman n'est que le bon exemple ,en matire de recherche socio-politique, pr tacher de comprendre comment,pourquoi,pr quelle raison l'elite gauchiste et progressiste a dcid dans un moment bien prcis d'abondonner son parcours contestataire pr collaborer avec le palait.S'il n'y avait pas de Youssfi on le fabriquera.L'Histoire est la pire de tt les fictions possibles.Ce qui a t fait.Ne cherchons pas pouquoi Larbi a dress le portrait de Youssfi mais tachons de comprendre les vraies causes qui ont marqu l'histoire marocaine.A mon avis puisque Youssfi a dcid de delaisser le champs politique si quel avait ses raisons.Je ne comprends pas comment on accusait Youssfi des domagement qu'a pay l'USFP.L'USFP depuis son congres de 1975 a dcid de changer de stratgie.Youssfi est le produit de cette stratgie.Je crois que chaque partie a un age biologique .L'USFP a exploit son potentiel thorique et intellectuel il vit maintenant l'oeil vide des morts est que je me trompe!!!Peut etre.
Bonjour tout le monde,
et lautre est technique : ce portrait je lai prpar il y a quelque mois. En dautres termes je lavais tout prt en stock.
Tout dabord merci pour vos remarques jen tiendrais compte.
Pourquoi commencer par El Youssoufi ? Il y a deux raisons lune est strictement personnelle (je la garde pour moi
Je suis incapable de lister les rformes de lex-premier ministre. Il a pass ses premiers jours btir un arsenal juridique quasi-absent sa nomination (plusieurs lois indispensables mais dont leffet ne sest fait pas ressentir). Je sais quil est particulirement fier de lAMO (Assurance maladie Obligatoire) initie par ses soins et mise en uvre par son successeur. Globalement son bilan conomique a t svrement jug par les marocains, lexprience tait une grande dception.
El Youssoufi na t au pouvoir que pendant quatre ans. Ce qui rien par rapport ce quil a fait tout au long de sa vie . Il a surtout assur et facilit la transition entre les deux monarques. On loublie souvent.
Durant son mandat il tait la personnalit la plus critique au royaume, tout le monde suivait ses actions et les critiquait. Ce qui est souhaitable en dmocratie. Ce nest pas du tout le cas de son successeur qui travail dans son pr carr dans le dsintressement gnral.
Je crois que les gens taient trs exigeants envers lui. Ils ont raison. Mme sa dmission de lUSFP a t critique ce qui est curieux pour un pays dont la population rclame constamment un renouvellement de la classe politique !
Fallait-il quil accepte loffre du Roi Dfunt ? Je suis incapable de rpondre cette question. Je remarque seulement qu sa nomination peu de gens taient contre. Aprs les choses ont chang. Je crois sincrement quil faut se remettre au jugement de lHistoire concernant ce point.
Hors sujet, mais qd mme!!!!!!!
On finira par croire que ns sommes de mche ts les deux, pour les Stats.
Demain, je vais leur jurer que je ne te connaissait pas avant le 18 mai, puisque je ne suis devenu "Blogo-sphrique" que le 16/05.
Tu sais fils, j'ai bcp de pb "tecno-cratiques", mais ma firet de sahraoui m'a empch jusqu'ici d'appeler au secours!!!!!!!!!
de tte manire tanpi, yak le msg pass ?
bsr
C.D.M ( Crdit du Maroc)
Mr est servi..
que pensez vous des lois et surtt des droits de l'homme?
Monsieurs que pensez vous de la moudawana?
le maroc a connu un Homme d'Etat exceptionnel grand militant Si Abderrahman El youssfi il a marqu l'histoire du Maroc .que pensez vous Mr de l'eclosion des partis au Maroc
Merci M. Larbi
traiter de M. Youssoufi serait éronné si l'on met en lisaison tous les paramètres entrant en jeux à l'époque. la question fondamentale est jusqu'où Youssoufi avait-il le pouvoir de prendre des dispositions qui relèvent de l'ordre de l'exécutif? plus encore n'était-il pas conscient de sa marge de manoeuvre des lignes rouges ne lui étaient pas déjà traçées? pourquoi a t-il choisi de jouer le jeu tout en sachant qu'il n'aura qu'une portée limitée d'action? et si s'était pas Youssefi qui aurait été 1er ministre de l'époque?...il y a un ensemble de questions auxquelles seul M. youssefi pourra répondre. ceci dit, l'homme a fait beaucoup de bonnes choses pendant ses 4 années alors que d'autres ont siégés des années durant sans faire qu'à leur propre intérêt.
juste en connaissant tres bien l'homme, je dirais aussi que meme a l'interieur de son propre parti USFP il a eu des ennemis(des arrivistes) c'est peut etre une des causes pour laquelle il avait peut etre accepte des Driss Jettou dans son gouv.
pour tout savoir sur Mr Youssoufi, c'est facile, allez y chez lui dans sa petite villa qui oublie definitivement d'engager un jardinier. c aussi simple. au moment de sa nomination, je me rappellerais comme hier. Il avait tout simplement pas le choix. Et il pensait faire une transition tout simplement entre le passe et la democratie. et il voulait etre jugee par le peuple pour que ce dernier prend l'habitude de critique. qu'est ce que ca a donne? mais ce dont je sais il avait comme meme reduit la dette du maroc. Est ce que je me trompe.?
youssefi est l'homme trahié par l'etat,par abbes elfassi, elyazghi notament.l'homme qui à changé les evenements au maroc si le roi hassane2 esr resté en vie il gardera sans doute abderrahmane youssefi à la tete du ministere.pouf les nouveau ne sache pas la valeur de cet homme.il ne cherchait ni avoir des fermes ni des villa ...pas comme certains qui ont colonialisé les terres de sodea sogeta par exemple cmme le vieux mahjoubi ahrdane à oulmés.
I'm agree with you.