A la question « Quel est ton auteur préféré ? » je réponds souvent : Pierre Georges ! Mes interlocuteurs ne comprennent pas ! Car en fait il ne s’agit pas d’un écrivain, mais d’un journaliste au Monde.Pendant dix ans Pierre Georges a été chroniqueur de la dernière page du quotidien et a produit pas moins de 2000 billets ! Pour moi, il est la plus belle plume française du monde, le maître de l’écriture efficace et plaisante ! En un quart de page il a toujours su raconter l’actualité, la vie, sans clichés, avec un vocabulaire étendu et un style inégalé. Son recueil « Chroniques du monde » est mon livre de chevet depuis plusieurs mois .

Un journaliste comme auteur préféré c’est tout dire ! Plus est, cela fait plus de cinq ans que chaque jour je me ravitaille « Le matin aux rayons de Libération le soir à ceux du Monde » (expression de Daniel Carton, «Bien entendu, c’est off...»). En faisant j’ai passé à côté de plusieurs découvertes et auteurs. J’ai raté de belles choses ! C’est triste, mais vous savez quoi, je viens de m’en rendre compte !

A ce point de mon récit, je vous invite à découvrir le contenu de la rangée supérieure de ma bibliothèque :
Soleils d'hiver (Jean Daniel) -- Héros sans gloire (Mehdi Bennouna) -- Abu Nuwas : Le Vin, le Vent, la Vie (tr. Vincent Mansour Monteil) -- Entre quatre-z-yeux ( Alain Juppé, Serge July ) -- Journal interrompu (Sylviane Agacinski) -- Une saison de manchettes (Jean Hatzfeld) -- 99 F (Frédéric Beigbeder) -- La mémoire d'un Roi (Hassan II ) -- Jeunesse, Sida et Islam au Maroc (Abdessamad Dialmy) -- Les clandestins (Youssouf Amine Elalamy) -- Un Marocain à New York (dédicacé par Youssouf Amine Elalamy - Merci Houda ) -- Cette aveuglante absence de lumière (Tahar Ben Jelloun ) -- Le rêve brisé (Charles Enderlin ) -- Allah n'est pas obligé (Ahmadou Kourouma) -- Ce pays dont je meurs (Fawzia Zouari) -- Géopolitique de Jérusalem (Frédéric Encel, Yves Lacoste) -- Secrets de jeunesse (Edwy Plenel) -- Le temps de répondre ( Lionel Jospin),…

Cette rangée donne le ton du reste de ma Bibliothèque. Trop de livres en rapport avec l’actualité/politique, quelques romans, beaucoup d’essais, et peu, très peu, d’auteurs marocains ! Les livres en arabe n'en parlons même pas !
C’est vrai, j’ai lu tout Youssouf Amine Elalamy, tout YB, presque tout Mohamed Choukri ! Il m’arrive souvent de lire les chroniques de Fouad Laroui mais jamais ses livres. En y réfléchissant un peu j’ai trouvé un prétexte débile : son passage comme ingénieur à l’OCP y est pour quelque chose ! Trop con, je vous l’avoue !
Et le monument Chraïbi (Si cher à Houda C) comment se fait-il que je l’ai peu lu ? Et les Tahar Ben jelloun, Abdellatif Laâbi, Mohamed Khair-Eddine et autres Abdelhaq Sarhane n’ont-ils pas leur place aux côtés des Plenel, YAE, Daniel, Rouart, Edward Said, Beigbeder, Ormesson, Hatzfeld …. ?

Des années durant, je lisais, je relisais, je lisais sans cesse... sans se rendre compte que je passe à côté d’une riche littérature marocaine. Des années durant, je suis allé lire et admirer les auteurs et essayistes du monde entier sans s’arrêter et voler ne serait-ce qu’un petit instant pour découvrir nos auteurs à nous ! Quel drame !

Cette auto-découverte m'a énormément troublée, intriguée. J'ai décidé de me convertir, sans plus attendre, aux écrivains marocains. De rentrer dans le droit chemin.

Samedi dernier, le très génial Ayoub m’a cité un passage de « L'homme rompu » qu’il a quasiment appris par cœur. Il m’a donné envie de commencer par ce roman de Ben Jelloun.
"Tu n'as rien compris à Hassan II" (Fouad Laroui) et "L'homme qui venait du passé" (Driss Chraïbi) m’accompagneront aussi dans les premiers jours de ma nouvelle vie de converti.

Que nos Saints Ecrivains me guident et m'ouvrent les portes du paradis !