Cinq ans après le début de ce nouveau millénaire, nous faisons partie d’un monde qui bouge, au sein d’une mondialisation non régularisée. Notre pays est confronté à de nouveaux enjeux économiques, sociaux et culturels. On ne le dira jamais assez : l’ouverture des marchés, l’échange planétaire, les exigences de compétitivité et les évolutions technologiques ont induit notre planète dans une logique de concurrence farouche. Dans ce contexte, comment résoudre les sérieux problèmes du pays tout en s’accrochant au rythme de croissance mondiale ? Comment garantir une vie digne à nos concitoyens en tenant compte des contraintes de l’environnement ? Comment innover et produire, être un acteur du développement au lieu de rester consommateurs de technologie ? Et enfin, comment s’ouvrir sur les autres civilisations et cultures en gardant nos spécificités identitaires ? Des questions qui interpellent notre jeunesse, et l’obligent à être imaginative et audacieuse.

Par ailleurs, dans ce monde en ébullition, le centre de gravité de décision économique et sociale s’est déplacé au profit du politique. Partout, dans les démocraties, c’est le politique qui doit proposer des solutions aux problèmes, des plans d’actions et des projets chiffrés et datés pour faire face aux enjeux. Il présente ses idées aux citoyens, à travers les scrutins nationaux, et demande leur confiance. Elu, il doit honorer ses promesses, établir une politique budgétaire fiable, fixer les grandes orientations du fonctionnement de l’état et résoudre les problèmes, faute de quoi il sera sanctionné à la fin de son mandat, et cédera la place à une nouvelle génération. Bref un schéma de gouvernance classique, modulable selon les spécificités de chaque pays, où le technocrate cède place au politique, et la compétence doit être associée à un engagement partisan.

Si le Maroc dispose déjà des cadres compétents, et d’une jeunesse capable de relever les défis de la mondialisation, la conversion de ces jeunes à la politique reste un problème préoccupant pour notre pays.

Le champ politique a du mal à attirer les jeunes et la classe politique marocaine est confrontée à un sérieux problème de crédibilité. Une classe politique souvent qualifiée de corrompue, incompétente, et dans le meilleur des cas déconnectée de la réalité marocaine. Plusieurs raisons expliquent cette situation. Cela fait des années que les partis ont été écartés de l’exercice du pouvoir et les hommes politiques bannis, parfois manipulés et souvent réduits au silence. Même au début de la transition démocratique ; notre élite politique a démontré une incapacité à porter la voie des citoyens, critiquer les grandes orientations de l’état et proposer des solutions alternatives. Il faut y ajouter l’absence d’une démocratie interne au sein des organisations, la décision est souvent prise sans débat, et les dirigeants ont du mal à céder leurs places aux nouvelles générations. Le turn-over des hommes politiques est loin d’être un fait admis par tous. Et enfin, n’oublions pas cette balkanisation du champ politique : une vingtaine des parties politiques, avec des programmes indéchiffrables, et un positionnement des uns et des autres au sein de l’échiquier politique, qui semble répondre aux aspirations personnelles plutôt qu’à une conception d’un projet de société.

La donne politique doit changer, ne serait-ce que parce qu’on a besoin de ces jeunes femmes et hommes pour faire face à l’importance des enjeux. Donnons envie aux jeunes pour qu’ils s’impliquent d’avantage dans ce champ d’exercice de démocratie ! Inventons une politique en phase avec les aspirations de notre jeunesse !

Il convient, en premier lieu, de s’interroger sur ce malaise des institutions du pays. Nous ne pouvons plus continuer à ignorer des questions essentielles qui concernent la conception de l’exercice du pouvoir. Il s’agit de répondre à des questions simples : Le royaume peut-il évoluer vers un vrai régime parlementaire ? Comment la gouvernance du pays peut-elle être dictée par la situation politique, plutôt que par des arrangements des sphères du makhzen ? … Pour notre avenir et celui de nos enfants, un vrai débat institutionnel doit être ouvert en urgence. Pourquoi ne pas le dire : Aujourd’hui des reformes constitutionnelles sont plus que jamais indispensables.

La classe politique marocaine, quant à elle, doit mettre l’arrogance de côté et revoir sa copie. Il est temps que nos leaders politiques laissent place aux jeunes, et que nos partis développent une véritable opération de marketing capable de recruter des militants. Une rénovation des programmes, une restructuration du paysage politique, notamment par la fusion des parties de mêmes tendances, et un souci de porter haut l’intérêt général au-delà des carrières personnelles, semblent être des lignes de conduites incontournables.

Enfin, c’est une responsabilité des jeunes, qui doivent transformer leurs revendications en propositions et actions citoyennes. Etre jeune, c’est oser et progresser même sur les chemins difficiles, et en premier lieu reconquérir le champ politique pour le faire évoluer en créant une véritable dynamique.

En conclusion, il ne s’agit pas ici de servir un condensé de propositions et recommandations. Mon but, étant, de plaider pour l’ouverture d’un débat sur ce défaut d’engagement politique des jeunes. Il en est grand temps !